Deux frères à l'aube de la Renaissance

Raphaëlle Frémont

Raphaëlle Frémont

L'autrice de cette histoire, Raphaëlle Frémont, est conférencière à la Réunion des musées nationaux – Grand Palais.
Château de Meillant

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Jacques d’Amboise grommelle, au fond de sa voiture à cheval. En cette année 1501, sous le jeune règne de Louis XII, il est en train de terminer la construction de son hôtel particulier parisien. Et il en est ma foi assez fier, bien qu’il ne soit pas de bon ton de trop le montrer à la cour du Louvre. Il aime en particulier les jardins perchés sur les toits d’un ancien palais romain* qui lui offrent une vue imprenable sur Notre-Dame de Paris. Il se réjouissait de rejoindre son abbaye de Cluny pour y régler les affaires en suspens, mais une lettre de son neveu Charles l’y attendait : son aide était attendue au domaine de Meillant.
Et voilà comment il se retrouvait, encore, au fond de cette voiture. Même si elle possédait tout le confort dû à son rang et à sa richesse, sa cinquantaine d’années se faisait bien sentir sur les cahots de la route.

Il jette un œil dehors et voit la forteresse de Saint-Amand-Montrond, enfin restaurée. Cela veut dire qu’ils sont presque arrivés !
Et voilà le parc de Meillant, puis le château. Jacques n’en croit pas ses yeux : c’est presque son hôtel particulier qui se dresse devant lui ! En plus... grandiose.
Son neveu vient à sa rencontre, tout juste rentré des campagnes d’Italie où il a accompagné le roi. Les cheveux de Charles sont mi-longs et il porte une fourrure qui élargit ses épaules. Son air est sérieux, mais son visage avenant. Jacques, qui n’a pas eu d’enfants, a toujours eu de la tendresse pour lui.

Une silhouette rouge attire son attention au pied de la tour du château. Il comprend que c’est Georges, son frère, qui l’a fait appeler. Depuis qu’il est cardinal et conseiller du roi, la communication est difficile entre les deux frères. Chacun essaye d’affirmer sa supériorité. Que va-t-il lui demander, cette fois-ci ?

Charles accueille Jacques d’Amboise avec une accolade franche et le mène auprès de Georges, qui les salue froidement. Il explique qu’il s’est occupé des travaux du château pendant que Charles était en Italie. Il prétend même rendre hommage à Jacques en s’inspirant de son hôtel, mais glisse, sans en avoir l’air, qu’il a demandé à l’architecte une décoration plus « moderne ». Ah la modernité italienne ! Jacques est bien obligé de reconnaître que la tour du Lion, décorée de flammes et de dentelles de pierres, est particulièrement belle. Le détail de faux soldats de pierres veillant dans les niches du haut l’impressionne particulièrement !

Les trois hommes montent l’escalier en colimaçon qui les mène au logis, richement décoré de tapisseries de mille fleurs. Jacques est surpris d’y retrouver Jean. Jean d’Ypres est le maître cartonnier et enlumineur le plus réputé de Paris. Depuis quelques années, surtout depuis qu’il a enluminé le livre de prières d’Anne de Bretagne, tous les grands commanditaires se l’arrachent. Il devrait être en train de finir les modèles pour ses vitraux parisiens, pas ici !
Un autre homme arrive, jeune et souriant, détendu et qui détonne au milieu de cette réunion toute en tension. Il explique avec un accent italien très prononcé être Guido Mazzoni, peintre et sculpteur, chargé de la modernisation du château, mais que Jean d’Ypres refuse de travailler avec lui... Jean lui jette un regard noir, et Jacques comprend la tension qui règne ici. Il imagine que Jean n’est pas ici complètement de son plein gré, et qu’il se méfie peut-être de l’italien. Leur art est si différent ! Jean qui vient de Flandres a eu tant de mal à trouver le succès, alors que tout semble si facile à ces Italiens fraîchement arrivés...

Jacques va devoir user de tous ses talents de diplomate pour dénouer tout ça. Et puis, s’il réussit à faire travailler ces deux-là ensemble, qui sait si cela ne donnera pas naissance à un style nouveau en France ? Peut-être que les vitraux de la chapelle de Meillant deviendront des splendeurs qui marqueront les siècles ? Et avec un peu de chance, il rentrera à Paris avec ces grands artisans et finira la chapelle de son hôtel avec eux...

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* On croyait alors que les Thermes gallo-romains de Lutèce étaient un palais impérial.

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Ici, on lit des histoires courtes

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